La master class de Guillaume Gallienne

La master class de Guillaume Gallienne

Rencontre avec Guillaume Gallienne, ancien étudiant de Raymond Acquaviva et césarisé en 2014 racontée par Nolwen Cosmao, étudiante de 1ère année

10 heures du matin tapante, arrive en taxi un homme chic et décontracté. Il passe la tête par la fenêtre et lance un « salut tout le monde » qui fait déjà rire les élèves attroupés devant le théâtre des Béliers Parisiens. Guillaume Gallienne marque par son côté abordable, son amabilité et surtout son humilité.

 

En 1995 il est aux cours Florent avec Raymond Aquaviva, puis il entre au conservatoire. En parallèle, il est élève stagiaire à la Comédie Française avant de devenir sociétaire en 2005. Cette année, il connaît la consécration aux Césars pour son film Les garçons et Guillaume à table ! Il semble avoir une carrière exemplaire, un parcours sans faute. Pourtant, il a un certain recul sur lui-même et sur ses failles, il admet volontiers s’être trompé ou qu’il ne savait pas ce qu’il faisait. Il nous dit qu’il ne sait rien et parle toujours des « leçons » qu’il a apprises. ll se rappelle les conseils qui l’ont guidé durant sa carrière, ses plus belles leçons de théâtre. Mais il nous explique avant tout l’importance du destin. Si le parcours d’un acteur est aléatoire, son désir ne doit pas l’être. Il faut savoir ce qu’on veut et être cohérent.

 

Guillaume Gallienne est un passionné, un féru de littérature et d’histoire. Il a une culture et une curiosité incroyable. Il aime la langue et les mots. Il en parle d’ailleurs plusieurs fois et conseille aux jeunes acteurs de répéter leurs textes avec différents accents. Pour voir quels mots, quels sens se dégagent spontanément. Car le français est la seule langue où l’accent tonique est libre de choix. Pour lui, il est important de comprendre ce que dit le texte, ce que dit l’œuvre avant d’y ajouter son interprétation personnelle. Il souligne que le problème de la nouvelle génération d’acteurs c’est que c’est une génération élevée avec le cinéma et qui a un problème pour élargir, qui reste dans le subtil.

Il nous explique aussi qu’en tant qu’acteur, on peut jouer ce que l’on veut, que l’on n’a pas besoin de correspondre à une image fixe d’un personnage, mais qu’il faut faire sienne la pensée de l’auteur. Avoir de l’imagination et surtout oser. Pour lui la méthode n’est pas le plus important, l’acteur et ce qu’il a en lui est ce qui compte le plus. Le plus important est d’y aller à fond. Même si c’est pour aller dans le mur. Le jeu d’acteur est un processus jonché d’erreurs. Et il est le premier à avouer ce qu’il a raté, ce qui a été désastreux, ce qu’il aurait pu faire autrement. Loin de vouloir cacher ses fautes et ses défauts, il les utilise et en apprend toujours quelque chose. Il nous raconte avec le sourire une pièce où il a mis une saison entière avant de trouver le personnage. Il cite sa grand mère pour nous expliquer sa philosophie : « On ne renie rien, on n’usurpe rien et on ne s’excuse jamais« .

 

Il se raconte très facilement et sans artifices. Il se perd dans ses apartés mais retrouve toujours le fil de son histoire. Il a une mémoire incroyable et un certain goût pour la nostalgie. Flegmatique et souriant, Guillaume Gallienne aime faire rire et se fait rire lui-même. Plein d’auto-dérision, c’est un conteur né. Il sait incarner les personnages de ses histoires, par une mimique ou un geste, un sourire ou un regard. Il met le ton, marque les pauses et se délecte de nos éclats de rire. Il captive. Il raconte ses histoires en les vivant. Il a un côté rieur dans les yeux, nerveux dans les mains et accessible dans le corps. Ce qui lui permet de nous faire passer du rire aux larmes, en racontant des moments drôles pour ensuite retomber dans un sérieux distant. Petit à petit, on découvre à quel point son film, Les garçons et Guillaume à table !, lui ressemble. On sent un homme fin, drôle, intelligent, sensible et plein d’humour qui se laisse porter par la vie et par ses passions. Il dit lui-même que la seule chose qu’il aime c’est la « route », les moments de halte et de pouvoir y goûter. La vie est un voyage et c’est ça qui lui plaît. Il n’y a aucune finalité, il ne se projette pas. Pour lui, sa carrière est toujours en évolution, il suit sa passion sans certitude du lendemain. Quand un élève lui demande ce que cela lui fait d’avoir réussi, il ne comprend pas. Il n’y a pas de réussite. Il a juste la chance de faire des projets qui lui plaisent et continuer tant que ça dure. Pour lui il n’y a pas de postérité, il y a juste une belle aventure.

 

Enfin, quand on aborde le sujet de la mise en scène et de la réalisation, il nous dit qu’il a une vision plus cinématographique. Et c’est d’ailleurs pour ça que son prochain projet sera un autre film sur l’histoire de quelqu’un d’autre cette fois ci. Quand on lui demande des conseils pour écrire, Il dit qu’il faut simplement être créatif, avoir de l’imagination, ressentir les choses et s’y reconnaître pour que ça fasse écho en nous. Il nous laisse avec une réflexion sur l’acteur, vecteur éphémère : « Nous on est là pour représenter les monstres, et parfois ça passe par les nôtres. »